Jean-Cosme Delaloye - Publié le 30 octobre 2006

Chez Thabo à Chicago, au pays de Michael Jordan


Le Veveysan Thabo Sefolosha, à 22 ans, est le premier joueur suisse à être admis dans un club de NBA. Il a fait très bonne impression au cours des matches de préparation.

Il reste quatre secondes. Dans le caverneux United Center, antre des Chicago Bulls, les 18 000 personnes venues assister à l'un des derniers matches de présaison contre les Memphis Grizzlies sont suspendues à cette main qui va décider de l'issue de la partie. Les Bulls mènent 85-84 et ont deux lancers francs. Le Veveysan Thabo Sefolosha, premier basketteur suisse à évoluer en NBA et nouveau venu qui intrigue l'exigeant public de Chicago, a pris le ballon. Il est face au panier…

« Sans Dieu, je ne serais pas là »

Lorsqu'il était gamin, Thabo rêvait de NBA. Le Vaudois de 22 ans a donné rendez-vous à ce destin qu'il a fait graver sur ses deux bras l'année dernière. «Le basketball m'a choisi» proclame en anglais le tatouage représentant sur l'épaule gauche un ballon de basket avec une couronne. «Dieu guide mes pas» ajoute l'avant-bras droit. «Sans Dieu, je ne serais pas là aujourd'hui, explique-t-il la veille du match. Je n'aurai pas le corps ni la famille que j'ai». Ce croyant a fait le reste et s'est construit une trajectoire étoilée qui l'a mené de Vevey à Chicago il y a deux mois.

Thabo Sefolosha écoute les conseils de Jim Boylan - © Jarin Blaschke
Thabo Sefolosha écoute les conseils de Jim Boylan - © Jarin Blaschke
«Prononcez TA-bow sef-o-LOSH-a». Le programme de la saison des Bulls se charge des présentations phonétiques. Dans une ville où Michael Jordan, star du basket dans les années nonante, a sa statue, Thabo doit littéralement se faire un nom. Pas de quoi effrayer un jeune homme qui semble avoir déjà digéré son saut en NBA: «Cette première saison sera pour moi un apprentissage, glisse-t-il de sa voix calme. Il y a beaucoup de très bons joueurs dans l'équipe et ça va me faciliter la tâche».

Sur le terrain, même si le staff technique dit qu'il a encore beaucoup à apprendre (lire ci-dessous), Thabo fait l'unanimité. «Il est très talentueux. Mais surtout il écoute les conseils», dit de lui Malik Allen, cinq saisons au plus haut niveau. «Thabo sera un excellent joueur de NBA. Il a déjà pris ses marques et travaille énormément». Compliment de PJ Brown, vétéran des Bulls avec ses 13 saisons de NBA.

«Thabo a cette capacité de rester serein». Bertille Masson, la petite amie de Thabo, l'a accompagné à Chicago. Licenciée de sciences politiques, la jeune femme de 21 ans veut poursuivre ses études aux Etats-Unis. Elle parle de «solidarité» avec Thabo, de chocs des cultures mais de ce plaisir partagé d'être là. Thabo se dit encore «en période d'adaptation» dans cette ville de Chicago dont il aime la population métissée.

Une maison dans 15 jours

Le Veveysan qui maîtrise parfaitement l'anglais, parle d'une «vie plus solitaire qu'en Europe». Bertille corrobore: «En France ou en Italie, l'équipe se retrouvait après le match. Ici, tout le monde rentre chez soi.». Le couple commence néanmoins à avoir un cercle d'amis, dont fait partie Luol Deng, joueur d'origine soudanaise arrivé aux Bulls en 2004.

Le quotidien de Thabo et Bertille a pour décor Deerfield, banlieue typique américaine avec ses pavillons, ses centres commerciaux tentaculaires et ses cinémas multiplexes. Après deux longs mois à l'hôtel à côté du centre d'entraînement des Bulls, le couple va pouvoir emménager chez lui d'ici une quinzaine de jours. A Deerfield, la vie ne s'envisage pas sans voiture et Thabo a passé son permis il y a un mois.

Sefolosha se réjouit de rencontrer les Los Angeles Lakers et leur superstar Kobe Bryant. Ce sera le 19 novembre. Mais d'ici là, la route est encore longue. Avant de pouvoir viser une place dans le «cinq de base» des Bulls cette saison, le porteur du numéro 2 doit déjà se battre pour faire partie du cadre qui entamera le championnat demain soir, mardi, à Miami face aux Heat, champions en titre. Contre Memphis, le Vaudois a passé 20 minutes sur le terrain. Avant ses deux lancers francs, il marqué quatre points, perdu quatre ballons mais a aussi été l'auteur de l'action du match avec une passe dans le dos pour son coéquipier Tyrus Thomas.

Un homme heureux


… Le geste est fluide. Le ballon termine dans le panier. 87-84 pour Chicago, score final. Thabo a marqué ses deux lancers francs et des points pour Miami comme le confirmera à l'issue du match Scott Skiles, son entraîneur. A sa sortie des vestiaires, Sefolosha est heureux. Une question encore: son rêve de gosse ressemblait-il à ça? «Oui, glisse-t-il en souriant. Peut-être que dans mon rêve, je marquais un peu plus. Mais je suis sûr qu'il y aura encore plein de bonnes choses».

Jean-Cosme Delaloye


Retrouvailles étonnantes

Leur chemin avait failli se croiser une première fois il y a 22 ans. «Thabo est né le 2 mai 1984 à Vevey et ma fille dix jours plus tard dans le même hôpital.» A l'époque, Jim Boylan était entraîneur de Vevey Basket. Aujourd'hui coach adjoint des Chicago Bulls, Boylan a accueilli cette saison Thabo Sefolosha au sein de son équipe. «Quand j'ai demandé à Thabo d'où il venait et qu'il m'a répondu «Vevey», j'ai été très surpris. Je n'aurais jamais pensé voir un jour un joueur de Vevey en NBA.»

Jim Boylan raconte cette soirée passée il y a quelques semaines avec Thabo et son frère, au cours de laquelle il leur a montré des photos des Galeries du Rivage bondées dans les années 80. «J'ai des souvenirs magnifiques de cette époque, poursuit Boylan. Et j'y pense encore souvent.»

L'entraîneur adjoint apprécie Sefolosha: «Thabo a un talent naturel qui va beaucoup l'aider en NBA. Il est très athlétique et a une volonté d'acier. Même s'il a côtoyé le haut niveau très jeune en France et en Italie, ce passage en NBA reste un grand saut pour lui.» Boylan parle du processus d'apprentissage pour s'adapter au championnat américain: «Il faut environ une année pour s'y sentir bien. Thabo a beaucoup de choses à apprendre. Il doit s'habituer à habiter aux Etats-Unis et jouer quatre matches en cinq jours. De notre côté, nous allons faire en sorte de l'introduire progressivement à ce niveau.»

L'ancien coach de Vevey se dit toutefois impressionné par la maturité de la nouvelle recrue des Bulls. «Il garde la tête sur les épaules. C'est très important car parfois les jeunes joueurs qui arrivent en NBA se font happer par l'argent.» (jcde)


Les Chicago Bulls ambitieux