BASKET Quatre tirs à deux points; quatre paniers. Trois lancers francs; trois points. Le tout en dix minutes de jeu! Le Vaudois a été parfait lors de son premier match de saison régulière de NBA avec les Chicago Bulls. Reportage à Miami.
» Pour son premier match en NBA, le Veveysan des Chicago Bulls a marqué 11 points en dix minutes de jeu sur le parquet de Miami et a contribué à la large victoire de son équipe face aux champions en titre et à la superstar O'Neal (108-66).
Il y a dans ses grandes enjambées au moment où il entre sur le terrain l'empressement du jeune homme de voir son rêve de gosse se réaliser. Il y a aussi la faim du basketteur pressé de participer à ce match qu'il a, jusqu'ici, suivi depuis le banc des remplaçants. Mardi soir à Miami, le Veveysan Thabo Sefolosha a dû patienter jusqu'à deux secondes du terme de la première mi-temps avant de pouvoir officiellement ingaugurer son statut de premier joueur suisse en NBA. Il est alors 21h23. Pointé du doigt par Scott Skiles, son entraîneur, le numéro 2 des Chicago Bulls enlève précipitamment son survêtement rouge. Il court vers l'espace réservé aux joueurs qui doivent entrer sur le terrain et gesticule pour attirer l'attention de l'arbitre. Ces deux petites secondes, il les veut.
A la mi-temps, retour à la case départ, sur le banc des remplaçants. La physionnomie de la seconde période sera pourtant totalement différente pour le Vaudois. Il reste 10 minutes 32 à jouer dans le match quand Thabo fait sa véritable entrée sur le terrain. Les Bulls mènent 80-54 face à une équipe de Miami apathique et totalement étouffée par le collectif de Chicago (lire ci-dessous). Sur sa première action du match, le Veveysan se fait chipper le ballon par Dwayne Wade, l'une de des superstars des Heat: 80-56. Temps mort immédiat demandé par l'entraîneur de Chicago.
Quatrième marqueur
Pendant cette pause, Skiles décide de réitérer sa confiance à Thabo. Un plébiscite qui va permettre au Veveysan d'exploser. Dans un championnat américain féru par les statistiques, Thabo fait trembler les chiffres. Quatre paniers à deux points sur quatre tentatives. Trois lancers francs sur trois. Du 100% de réussite. Avec ses onze points en 10 minutes 34 sur le terrain, le joueur vaudois termine quatrième meilleur marqueur de son équipe et a inscrit quatre points de plus que Shaquille O'Neal, monument du basket américain.

dr - HISTORIQUE: Thabo Sefolosha marque ici son premier panier en NBA. Le Vaudois en a réussi ensuite trois autres en autant de tentatives. Du 100% de réussite!
Pendant les huit dernières minutes du match, Sefolosha orchestre même le jeu des Bulls. « Thabo était bon. » A l'issue de la partie facilement remportée par les Bulls (108-66), Scott Skiles complimente son nouveau joueur. « Je suis heureux d'avoir pu lui donner un peu de temps de jeu. J'espérais un tel scénario pour lui permettre de prendre un peu la température NBA et de lui permettre de se relaxer sur le terrain. Je suis heureux pour lui. » Compliments similaires de la part de Ben Wallace, la star des Bulls arrivée cette année en provenance de Detroit: « J'aime la manière de jouer de Thabo. C'est un superdéfenseur et un mec bien. C'est toujours un plus. »
Dans les vestiaires, Sefolosha relativise sa performance. Il parle de « bonne première expérience » et de son premier ballon perdu contre Wade comme d'une « chose qui arrive ». « Je ne me suis pas dit que j'allais sortir, explique-t-il à propos de cette action. Je pense aussi avoir réussi à me relaxer et à avoir pu apporter un plus offensif. » Thabo sourit à celui qui mentionne son 100% de réussite face aux Miami Heat, mais le masque ne tombe pas. Celui qu'Ivica Dunkan, le recruteur des Bulls, décrit comme un garçon « possédé par son envie de se faire sa place en NBA », a déjà les yeux tournés vers Orlando, où il devait jouer hier soir.
Dans les travées de l'American Airlines de Miami, un spectateur était mardi soir particulièrement attentif à la performance de Thabo Sefolosha. Grand gaillard au crâne rasé, Ivica Dukan, recruteur des Bulls en Europe, est l'homme qui a repéré le joueur vaudois lorsque celui-ci évoluait en France. «Un de mes amis suisses m'avait appelé à l'époque pour me parler de lui, raconte-t-il. Quand le nom de Thabo est apparu en France, je me suis dit que j'allais voir ce qu'il avait dans le ventre. Un coup d'œil m'a suffi. J'ai tout de suite aimé ce que j'ai vu.»
Ivica Dukan parle de son plaisir d'avoir pu recruter Thabo mais aussi des ajustements auxquels celui-ci doit désormais procéder: «Il doit développer sa masse musculaire. Il doit aussi apprendre à être plus détendu sur le terrain.»
Ancien joueur de Bellinzone dans les années 80, Ivica Dukan estime que la transition entre les championnats européens et la NBA peut prendre une à deux saisons. «Thabo est quelqu'un qui aime la compétition et n'a pas peur de prendre ses responsabilités, poursuit-il. En ce moment, il est en train d'apprendre ce qu'il peut faire et ne peut pas faire. Sur le banc, il observe et enregistre tout.» Le recruteur des Bulls ne tarit pas d'éloges sur «son» joueur suisse: «Thabo doit aussi s'habituer à la vie aux Etats-Unis, conclut-il. Mais son rêve était de jouer ici. Thabo a la possibilité de devenir un grand joueur de NBA et je pense que la saison prochaine sera la sienne.» (jcde)
La NBA est un grand cirque et chaque ouverture de saison un événement médiatique. Mardi, le match Miami Heat-Chicago Bulls s'est joué à guichets fermés. Champions en titre, les Heat ont reçu avant-hier leur trophée et une imposante bague de diamants, lors d'une cérémonie d'avant-match. «J'essaie de ne pas trop penser au match et à tout ce qui l'entoure», disait Thabo Sefolosha un peu plus tôt, à l'heure de l'échauffement. A quelques mètres de lui, Boris Becker, teint orangé et cheveux blonds platine, enregistrait dans un coin du terrain une émission pour une chaîne allemande. Dès le coup d'envoi du match, les Bulls ont immédiatement imposé leur collectif. Au cours d'un deuxième quart-temps où ils ont surclassé leurs adversaires, ils ont creusé un écart de près de 30 points qui n'a jamais pu être comblé. La deuxième mi-temps a même tourné à la correction pour des Heat rapidement abandonnés par leur public. En s'inclinant 108-66, les joueurs de Miami ont pris la plus grosse claque de l'histoire de la NBA en match d'ouverture de saison.
Jean-Cosme Delaloye
Extrait du 24 Heures n°255 - 2 Nov 2006. Tous droits réservés.