Reinhold Hönle - Publié le 16 octobre 2007

Thabo Sefolosha: « Je réalise un rêve »

· Premier basketteur suisse à réussir le grand saut en NBA, il entame sa deuxième saison sous le maillot des Chicago Bulls.

Coopération: Que représente pour vous le fait de jouer dans l'ancienne équipe de Michaël Jordan?

Thabo Sefolosha: C’est énorme! Un rêve s’est concrétisé voici une année lorsque j’ai moi-même pu jouer pour la première fois dans cette équipe. Gamin, j’étais un fan inconditionnel de Jordan et j’avais accroché un poster géant des Chicago Bulls dans ma chambre.

En quoi Jordan vous a-t-il fasciné?

Dans les années 1990, alors qu’il avait remporté six titres de champion de NBA avec les Bulls, il était Thabo Sefolosha dans la cour des grands © Migros Magazine no. 35 - Août 2006 incontestablement le meilleur joueur de la planète. Tout le monde aimait le regarder jouer. Il avait un style nouveau et parvenait sous le panier grâce à des gestes extraordinaires. Il suscitait l’admiration de tous.

A l’époque, avez-vous tenté de l’imiter?

· Pas vraiment, mais chaque fois que mon frère, Kgomotso, d’un an mon aîné, et moi le voyions à la télé, nous brûlions de devenir basketteurs. Nous allions dehors nous entraîner.

Kgomotso joue en équipe nationale, comme vous, mais pas en NBA...

· Je crois que nous avons autant de talent, apprécions les mêmes choses et les mêmes personnes, mais je suis plus appliqué, plus concentré et je repousse davantage mes limites, tandis que Kgomotso n’est pas prêt à faire autant de sacrifices pour réussir. Certaines choses, il ne les fait que pour le plaisir.

Vous mesurez tous deux 2,01 m. C’est héréditaire?

· Mon père mesure 1,88 m, ma mère est plutôt grande pour une femme, mais pas à ce point. Je ne sais d’où vient cette taille!

«J’étais toujours le plus grand en classe. On me surnommait la girafe»

Avez-vous toujours pu en rire?

· Ce n’était pas toujours facile d’être le plus grand de la classe. Les autres enfants se moquaient de moi en disant que je ressemblais à une girafe. Puis, quand j’ai commencé le basket, ma taille s’est soudain muée en avantage. Avec ma petite amie de l’époque, très grande elle aussi, j’ai pu parler des avantages et des inconvénients d’être grand, ça m’a aussi aidé.

Pour un «Bull» (taureau), vous êtes plutôt aérien et alerte sur le parquet. Avez-vous atteint votre poids idéal?

· J’aimerais bien prendre encore quelques kilos, mais pas trop. Dans l’idéal, cinq kilos de muscles dans les jambes. La balance afficherait alors 108 kilos contre 103 actuellement.

Thabo Sefolosha

Portrait - Le pionnier

Nom: Thabo Sefolosha.
Profession: Thabo Sefolosha. Date de naissance: 2 mai 1984 à Vevey.
Etat civil: En couple.
Ses parents: La mère de Thabo, Christine, d'origine suisse, s'est éprise de son père sud-africain, Patrick, durant le régime de l'apartheid. Ils se sont établis en Suisse peu avant la naissance de leurs deux fils.
Carrière: Thabo a commencé le basket à 9 ans, rejoint l’équipe nationale junior et joué en LNA à 16 ans avant de tenter sa chance en France à 18 ans, puis en Italie. En 2006, il a été drafté en 13e position dans la NBA.
Actualité: Thabo Sefolosha entamera sa deuxième saison avec les Chicago Bulls le 31 octobre contre les New Jersey Nets.
Les Etats-Unis sont connus pour la restauration rapide. Ce genre de cuisine, est-ce un tabou?

· Non, je m’arrête encore de temps en temps au fast-food, puisque l’on en trouve à chaque coin de rue. Sinon, ma petite amie cuisine de très bons plats européens, italiens surtout. Elle m’a accompagné à Chicago dans le but d’obtenir un master dans sa discipline.

En quoi se distingue le basket européen du basket américain?

· En NBA, la ligne des trois points est plus éloignée du panier et les joueurs peuvent mieux se répartir sur le terrain. On a davantage de place sous le panier. C’est alors plus facile de saisir le ballon et de s’imposer en duel. En Europe, on met davantage l’accent sur le jeu, les enchaînements de passes et les tirs à distance.

Que vous a apporté votre première saison en NBA?

· Ma vision de jeu s’est améliorée. Je connais désormais le fonctionnement de notre système, ce qui va, ce qui ne va pas et où se trouvent mes coéquipiers. C’est important, surtout quand tu ne joues que 10 ou 15 minutes. Tu n’as pas le temps de chercher ton rythme. Tu dois être dans le coup immédiatement.

Comment gérez-vous trois ou quatre matchs par semaine et de longs déplacements?

· C’était le deuxième grand changement. Souvent, tu es sur la route quatre à cinq jours par semaine, parfois même plus. Bien sûr, nous voyageons en jet privé, logeons dans les meilleurs hôtels et emmenons nos propres masseurs pour une récupération optimale, mais tu te retrouves souvent seul à ne rien faire. Tu n’as qu’un ou deux amis dans l’équipe avec lesquels tu peux au moins aller manger.

Est-ce différent au sein de l’équipe suisse?

Oui, nous discutons entre nous, racontons des blagues, jouons aux cartes et sortons ensemble. C’est génial!

D’origine sud-africaine, votre père est musicien. Quel type de musique interprète-t-il et quelle musiqueaimez-vous?

· Sous le régime de l’apartheid, il jouait dans un groupe de l’opposition qui interprétait des musiques sud-africaines traditionnelles. Aujourd’hui, il se produit comme chanteur, saxophoniste et batteur dans différents groupes. Dans son album solo qui sortira bientôt, il conjugue jazz et divers autres styles. J’écoute sa musique, de la house et j’aime bien le hip-hop. Par ailleurs, Kgomotso est aussi un rappeur de talent!

Quel est votre objectif avec les Chicago Bulls cette saison?

· Après avoir beaucoup appris l’an dernier sans avoir joué énormément, j’entends désormais prouver à mon coach que je peux être un bon joueur de NBA. Bien que nous soyons une équipe jeune, j’espère que cette saison, nous passerons le premier tour des play-offs pour nous hisser jusqu’en finale. Je me réjouis surtout de l’arrivée d’un deuxième joueur francophone dans l’équipe en la personne de Joakim Noah, le fils de Yannick Noah.

Reinhold Hönle