Virginie Jobé - Publié le 28 août 2006

Un Suisse en NBA: Thabo Sefolosha dans la cour des grands


Thabo Sefolosha dans la cour des grands © Migros Magazine no. 35 - Août 2006 Le Vaudois Thabo Sefolosha s'apprête à intégrer l'équipe des Chicago Bulls de la NBA, la plus importante ligue de basketball aux USA. Une première pour un joueur suisse.

Loin d’être avare en sourires et en plaisanteries, le jeune virtuose helvétique du basket incarne son prénom à la perfection. Thabo signifie «joie» en dialecte sotho. Né d’une mère vaudoise artiste peintre et d’un père sud-africain musicien, le petit bonhomme, qui mesure aujourd’hui deux mètres et pèse 97 kilos, fait ses premiers pas à Vevey.

Après avoir donné quelques coups de pied dans un ballon rond, il suit les traces de son «très» grand frère (2 m) Kgomotso et découvre le basket à 10 ans. Les deux complices s’entraînent à en perdre haleine, souvent jusqu’à la tombée de la nuit.

L’équipe de Blonay, puis de Riviera, les verra deux fois champions suisses des moins de 21 ans. Et les études dans tout ça? «Pendant longtemps, j’ai été un agitateur, commente le sportif. Ensuite, je suis parti en France, à Chalon-sur-Saône, dans un centre de formation pour passer mon bac. Ça m’a calmé un peu.»

Deux années bien remplies en sciences économiques et sociales, avec un penchant pour l’histoire, plus particulièrement les événements qui se sont déroulés avant les deux guerres mondiales et le passé des peuples noirs. «D’ailleurs, je regarde les chaînes historiques de temps en temps», ajoute le basketteur, amusé.

Sur les pas de Jordan

· Mais sa passion reste avant tout le sport, qui «peut être un art» quand on s’appelle Ronaldinho, Zidane, Ali et surtout Michael Jordan. «Il a placé la barre tellement haut, s’exclame Thabo Sefolosha. Et dire que je vais jouer dans la même équipe que lui...» Ses yeux s’illuminent, pétillent. Il y a à peine trois mois, il posait ses baskets aux Etats-Unis pour la première fois. Maintenant, le voilà devenu le maillot numéro 2 des Chicago Bulls pour deux ans. «Je commence à réaliser. Je suis tellement impatient!»

En Suisse, Thabo Sefolosha signe volontiers des autographes. Sa soudaine notoriété ne l’inquiète pas. «Je peux encore faire mes courses tranquille, rigole-t-il. Je n’ai pas de garde du corps.» Il ne semble pas plus effrayé par ce qui l’attend en Amérique du Nord. «J’ai confiance. Je donnerai tout ce que j’ai. Les autres joueurs m’aideront.»

Sa sérénité étonne. Détail d’importance: Bertille, sa petite amie depuis trois ans, va l’accompagner à Chicago afin d’obtenir un master en relations internationales! Forcément, on se sent moins seul. Même si son entourage proche risque de lui manquer terriblement. Enfant d’une famille plusieurs fois recomposée, Thabo Sefolosha accorde la plus haute importance à ses frères et soeurs. D’ailleurs, c’est son autre grand frère, Christophe, hôtelier, qui lui a soufflé la recette du velouté aux concombres qu’il est en train de réaliser chez sa mère, Christine, à Montreux. «Il s’agit d’une soupe légère, commente le basketteur en mixant les ingrédients vigoureusement. Mais ma spécialité, c’est plutôt le poulet pané avec du riz aux légumes.» Il adore aussi les lasagnes. Le «géant» gourmand en a bien profité lorsqu’il jouait pour l’équipe piémontaise de Biella. «J’apprécie le côté très chaleureux de l’Italie. En plus, ce pays a une histoire vraiment intéressante.»

Aux Etats-Unis, ses préoccupations tourneront d’abord autour de son poids. Thabo Sefolosha doit arriver à 102 kilos, demuscles «of course». «A ce niveau, nous sommes suivis par des préparateurs, explique le basketteur. Rien n’est laissé au hasard.» Par contre en cuisine...

Un garçon bien entouré

Pendant la confection du plat, Manourou, de passage chez son pote rencontré en France, immortalise les prouesses culinaires de son ami en le photographiant, hilare. «Quand j’étais à Chalon-sur-Saône, je cuisinais pour tout le monde», se défend Thabo Sefolosha. Ce qui ne l’empêche pas de solliciter constamment les conseils de sa «mams», admirative devant son fils à la tâche. A l’évidence, le jeune homme est bien entouré. Tenace, maîtrisant autant la langue de Shakespeare que celle de Molière, les bras tatoués d’un «The game chose me» à gauche et d’un «God guides my steps» à droite, Thabo Sefolosha ne peut que réussir sa carrière américaine. Aux Helvètes de soutenir le «petit» Suisse en NBA!

Virginie Jobé