Il est difficile d'être un jeune avec des rêves NBA, encore plus pour un Suisse.
Comme dans la majeure partie de l'Europe, le football domine le paysage suisse et est considéré comme le chouchou des hobbies de cette nation. Répondant aux attentes du pays le plus montagneux d'Europe, le ski est également populaire là-bas, tout comme le hockey sur glace, le snowboard et la randonnée. Mais le basketball? Désolé, cher ami, vous êtes dans le mauvais pays.
L'excellent jeu de Sefolosha à la Summer League d'Orlando a impressionné non seulement le Staff de Chicago, mais plusieurs dirigeants de la league qui prédisent qu'il va avoir dès le départ un impact positif sur les Bulls.
(Fernando Medina/NBAE/Getty Images) |
Alors que s'est-il produit, selon vous, lorsqu'un étudiant Suisse de 16 ans répondit à un conseiller scolaire qu'un jour, il prévoyait de devenir un basketteur professionnel et, oui, d'éventuellement partir en Amérique pour jouer dans la NBA?
“L'homme a rigolé,” rapporte Christine Sefolosha, mère du premier choix des Bulls du premier tour de la draft. “Il a dit, ‘Je reviens vous parler dans 3 jours, pensez donc à ce que vous voulez vraiment faire.’”
Thabo (prononcé TA-boh), évidemment, était sérieux, et cette année l'ailier de 2,01m pour 97,5 kg de Montreux, deviendra le tout premier Suisse à jouer en NBA.
Pour Sefolosha, être drafté en 13ème position, qui plus est par les Philadelphia 76ers, et ensuite être transféré aux Chicago Bulls (pour les droits du 16ème choix, Rodney Carney, accompagné d'un peu d'argent) fut en fait un rêve devenu réalité.
“J'étais certainement surpris [lors de la Draft] lorsque quelqu'un arriva et me dit que j'étais le prochain à être sélectionné,” dit Sefolosha dans un charmant accent suisse-français. “J'ai pensé que peut-être il avait fait une erreur ou quelque chose du genre. Mais quelques minutes plus tard, il revint et me dit que non seulement j'allais être sélectionné, mais que j'allais également être transféré à Chicago, ce qui m'a vraiment enthousiasmé.”
Le coach des Bulls Scott Skiles cite la grande envergure de Sefolosha et son imposante rapidité, ainsi que ses années professionnelles passées, comme les principales raisons qui ont amené les Bulls à être si désireux d'obtenir le swingman de 22 ans.
“Thabo possède d'excellentes capacités physiques que, franchement, beaucoup de gars dans la league ne possèdent juste pas. Il a une énorme étendue et possède des mains vraiment rapides,” dit Skiles. “Il capte votre attention à chaque fois que vous le regardez jouer. Il est facile de constater qu'il sait ce qu'il fait ici. On peut dire aussi qu'il aime jouer la défense. Il est avide de s'en occuper.”
Le dirigeant des Bulls John Paxson a vu jouer Sefolosha pour la première fois l'hiver dernier, en Italie, sur la recommandation du recruteur européen des Bulls, Ivica Dukan.
“Ivica était toujours déchaîné à son propos. Il n'a pas cessé de nous dire combien Thabo s'était amélioré en très peu de temps, et que selon lui il était quelqu'un qui pourrait vraiment nous aider.”
“Pendant longtemps, nous avons été à la recherche d'un ailier plus grand, qui aurait pu compléter à la fois Kirk Hinrich et Ben Gordon—quelqu'un pouvant anéantir défensivement les ailiers de grande taille lorsque Kirk serait sur le terrain, et quelqu'un qui pourrait également initier l'attaque lorsqu'il serait de pair avec Ben,” explique Paxson. “Donc Thabo nous est apparu comme quelqu'un de tout à fait adapté.”
Sefolosha est habitué à s'adapter partout où il va, et il a été partout dans le monde, visitant 20 pays différents, vivant dans cinq et parlant trois langues (Italien, Français and Anglais). Sa maman, qui est Suisse, est partie pour l'Afrique du Sud à l'âge de 20 ans à la recherche d'aventure. L$, elle rencontra Patrick Sefolosha, un musicien proéminent, qui était issu d'une famille de neuf enfants élevés dans un bidonville de Pretoria. Les deux se sont mariés durant le temps de l'apartheid, lorsque les Noirs étaient souvent maltraités et abusés par la prédominante minorité blanche du gouvernement sud-africain. C'état également une période et un endroit où les couples mixtes (Christine est blanche;Patrick, noir) n'étaient pas autorisés à être vus ensemble en public. Plusieurs fois, Patrick était arrêté ou malmené “simplement parce qu'ils marchaient ensemble dans la rue. A cette époque, c'est juste ainsi que ça se passait en Afrique du Sud,” raconte Thabo.
En haut: La mère et le fils—l'un contre l'autre. Au milieu: Thabo (en défense) et son grand frère Kgomotso Sefolosha adoraient se défier mutuellement en un-contre-un lorsqu'ils gandissaient en Suisse. En bas:
Bien que Christine Sefolosha est reconnue comme l'artiste leader dans la famille, Thabo, à l'âge de 9 ans, pensa qu'il pourrait tester ses propres talents créatifs en esquissant son auto-portrait, qui prévoit incroyablement bien son futur en tant que
Chicago Bull.
|
Avant que le grand frère de Thabo vu le jour, le couple déménagea en Suisse, où ils espéraient que leurs enfants et eux ne seraient plus harcelés à nouveau. Kgomotso, le grand frère de Thabo, nacquit peu après leur déménagement, et 13 mois plus tard, le 2 mai 1984, Thabo vit le jour.
Tout comme les autres adolescents suisses, Kgomotso et Thabo jouaient au football, mais un jour, lorsque Thabo avait 9 ans, un voisin les invita à jouer au basketball dans un club local. “Immédiatement, ils surent que le basketball était fait pour eux,” raconte Christine. Cette même année, Thabo coupa une photo de sa tête et la plaça sur un dessin de son corps habillé dans un maillot NBA. Comme dans une prédiction de ce qui allait venir, il peignit le short en rouge, avec le logo des Bulls sur chaque côté.
“J’ai toujours dit à Thabo qu'il est important de trouver une passion dans la vie,” dit Christine. “Je suis une artiste (une partie de son travail est actuellement exposé dans des galeries en France et en Suisse, au même titre qu'à Chicago à la Galerie Judy Saslow), et son beau-père en est un également. Et son père est un musicien. Le basket n'était pas très habituel où nous vivions mais, comme vous pouvez le voir, c'est clairement devenu la passion de Thabo.”
Christine et Patrick Sefolosha ont toujours encouragé leurs enfants à atteindre leurs rêves, et il n'est donc pas surprenant que les frères n'arrêtèrent jamais de poursuivre leur amour pour le basket (la saison passée, Kgomotso a joué professionnellement en France).
Finalement, les coaches suisses notèrent que Thabo, qui était grand pour son âge, avait quelque chose de spécial sur le terrain. A 16 ans, il fut invité à rejoindre l'Equipe Nationale Suisse des Juniors, et à 17 ans il débuta une carrière professionnelle avec Tege Riviera Basket, en Ligue Nationale A Suisse. Durant un voyage d'équipe en France, Thabo fut repéré par un recruteur français, qui lui offrit une opportunité de continuer son aventure dans le basket en signant avec Châlon-Sur-Saône, une équipe qui jouait dans la ligue professionnelle en France.
Bien qu'initialement sa famille était réticente à l'idée de le voir quitter la maison, ils comprirent également qu'une opportunité en or comme celle-ci était une chance pour Thabo de poursuivre son rêve et de découvrir de nouvelles choses. “La Suisse est un petit pays, et les opportunités là-bas sont plutôt limitées; donc, lorsque la chance de pouvoir jouer en France se présenta, j'ai pensé que ce serait une bonne idée d'essayer,” dit Thabo. “Ce n'était pas si terrible de partir pour moi car j'allais seulement être à environ 3 heures de chez moi; de plus, j'allais jouer avec beaucoup d'autres jeunes qui faisaient exactement la même chose.”
Sefolosha passa l'essentiel de sa première année en France à jouer avec l'équipe junior des moins de 21 ans, qui voyageait avec l'équipe senior. L'année suivante (2002-03) se montra plus gentille avec le jeune de 19 ans, étant donné que le dur travail de Sefolosha paya en lui rapportant une rotation régulière dans le grand club, où il joura 30 matchs et atteint une moyenne modeste de 4 points, 3.5 rebonds et une passe décisive par match.
La saison suivante fut celle où Thabo commença réellement à se faire remarquer, en devenant un élément du 5 de base de l'équipe senior et en la menant à une surprenante 3ème place de championnat dans la ligue française, accompagnée d'un voyage en demi-finales de playoffs. Cette troisième année, il joua dans 42 matchs, obtint une moyenne de 9.4 points, 7 boards et 1 interception pour 30.7 minutes de jeu.
Une dispute survint entre Sefolosha et son équipe française avant le début de sa quatrième saison, qui se régla finalement au tribunal et qui l'emmena en Italie dans une équipe basée à l'extérieur de Milan. Sefolosha devint rapidement un acteur important dans l'effectif de sa nouvelle équipe. On lui demandait de surveiller le meilleur joueur de l'adversaire, de mener la balle de temps en temps, crash the boards at both ends of the floor et de créer des shoots pour lui ainsi que ses coéquipiers. Il devint essentiellement connu comme un homme à tout faire, et sa mission était de causer des dégats sur le terrain avec ses longs bras et son bel athlétisme. En 21 matchs, il obtint une moyenne de 12 points, 6.4 rebonds et 50% aux shoots. C'est aussi où il apprit l'Italien, sa troisième langue.
Du haut de ses 2,01m, Sefolosha est de loin le plus grand ailier des Bulls.
(Jennifer Pottheiser/NBAE/Getty Images) |
La famille de Thabo a toujours été un groupe soudé. En grandissant, lui et son frère avaient les mêmes amis et semblaient toujours jouer dans la même équipe. Néanmoins, leurs origines issues d'un mélange ethniques a souvent amené la famille à surmonter des challenges de taille, même dans un environnement paisible comme en Suisse. Malheureusement, avant que Thabo et son frère atteignirent leurs 10 ans, Christine et Patrick divorcèrent. Mais les membres de la famille disent aujourd'hui que la séparation, plutôt qu'être dévastatrice, les amena à se rapprocher encore plus. Et Thabo considère ses parents, bien qu'ils soient séparés, comme la plus grande influence de sa vie.
“Bien sûr, ma famille—spécialement ma mère et mon père—sont de grandes influences,” dit-il, lorsqu'on lui demande vers qui se tourne-t-il pour recevoir des conseils. “Ils m'aident à garder la tête sur les épaules et à faire ce qui est juste. Ils m'ont toujours encouragé à être humble et respectueux des autres. On parle beaucoup, et leurs conseils m'ont vraiment aidé à garder les pieds sur terre”.
En parlant de terre, avant qu'il n'arrive à New York pour la Draft NBA de Juin, Thabo raconte qu'il n'avait jamais mis les pieds aux Etats-Unis. Et, non décidé à manquer une belle opportunité—spécialement pour ceux qui comptent le plus pour lui—il emmena avec lui sa mère, son père, beau-père (Stéphane), frère et petite-amie (Bertille, que Thabo rencontra 3 ans aupravant, lorsqu'il jouait en France). Pour profiter des vues et des sons de la Big Apple.
“Depuis que j'ai passé tellement de temps loin de la maison, à jouer en Italie et en France,” dit-il à propos de sa famille, “j'ai pensé qu'il serait super pour nous tous de passer deux jours particuliers ensemble à New York.”
“C'était comme un rêve,” s'exprime Christine à propos de son expérience à Gotham City. “C'était vraiment incroyable de voir son rêve devenir réalité.”
Le dossier de presse sur Thabo Sefolosha, qui pour l'essentiel vola sous les radars NBA jusqu'à la saison dernière, dit qu'il joue avec passion et calme. Un recruteur européen l'étiquette d'une double manière, en disant qu'il est fondamentalement fort, avec un grand feeling pour le jeu, comme la plupart des joueurs européens sont aujourd'hui, toutefois il possède également l'explosivité habituellement trouvée dans les espoirs Américains. Il est défini comme régulier, mais pas un athlète incroyable. Cependant, il est dit qu'il est tout à fait capable de se démarquer des autres avec un flamboyant premier pas et de quitter le sol et terminer le mouvement au panier avec flair, tout autant que contrer des tirs sur une fin défensive. Ses prouesses défensives sont réellement ce qui lui a permis de se faire une place dans le monde du basket, où il joue toujours avec agressivité et ténacité. Il semble avoir une excellente compréhension sur comment défendre les espaces, et possède assez de rapidité et de coordination pour être une force de pressing.
“Il est assurément un joueur intéressant,” dit Paxson. “Vous aimez toujours un gars qui peut tenir le ballon, mais qui peut également jouer à un haut niveau de l'autre côté du terrain.”
Après que les Summer Leagues de NBA se soient conclues en Juillet, ESPN demanda à plusieurs recruteurs et dirigeants NBA d'évaluer les nouveaux joueurs qu'ils avaient vus, et, sans surprise, Sefolosha fut très bien noté.
“Il excella à presque tout,” rapporta un des professionnels. “Thabo Sefolosha a démontré qu'il est capable d'entrer tout de suite en NBA et d'aider les Bulls.”
Quelqu'un dit que Sefolosha attend avec impatience de rencontrer le fameux Kobe Bryant des Los Angeles Lakers. “[Jouer contre Kobe] sera un vrai challenge, mais j'ai toujours aimé les challenges,” dit-il avec un sourire. “En NBA, il y a d'excellents joueurs dans chaque équipe, ce sera donc aussi excitant de jouer contre tous ces gars. Mais Kobe est quelqu'un que j'ai beaucoup regardé jouer. Je pense que ce sera spécial d'être face à lui.
“Lorsque vous êtes sur un terrain de basket, tout le monde est pareil. Chacun a deux jambes, deux bras—on va simplement l'un contre l'autre. Donc je ne pense pas être intimidé ou quoi que ce soit, mais je sais que je serai surexcité.”
Mise à part se préparer à cerner et, on l'espère, clouer au sol Kobe, qu'est-ce que Sefolosha pense pouvoir apporter d'autre à sa nouvelle équipe? “Je vais faire tout ce que l'on me demande de faire,” dit-il avec un hochement de tête. “Je veux faire tout ce qui est nécessaire pour que nous gagnions.”
Il n'est plus un enfant—enthousiaste à l'idée d'avoir une chance de pouvoir réaliser son rêve de jouer en NBA, Sefolosha dit être prêt à saisir l'occasion.
|
C'est cette sorte d'avidité qui laisse à beaucoup penser qu'il est vraiment une réponse parfaite pour les Chicago Bulls. Il est possible qu'il était destiné à vivre dans la ville du vent, où beaucoup portent leurs émotions sur la main, comme il décida l'an dernier de placer un unique tatouage sur un de ses bras, qui dit simplement, “Le jeu m'a choisi.”
“Je ne crois pas avoir réellement choisi de jouer au basket,” explique Thabo philosophiquement, tout en regardant son tatouage distinctif. “J'ai simplement fini par jouer le jeu, après que celui-ci m'ait choisi.”
“Aucun de mes parents n'ont joué au basket ou son très athlétiques. Je ne peux donc expliquer comment j'ai obtenu mon talent [pour le basket]. Je pense que je l'ai découvert par moi-même, après être tombé amoureux du jeu lorsque j'étais enfant.”
“Ma maman m'a dit que la chose la plus importante dans la vie est de trouver quelque chose à aimer, et d'ensuite lui donner tout ce que l'on possède. J'ai trouvé cela avec le basketball. Donc je pense que vous pouvez dire que mes parents—spécialement ma maman—m'ont donné la passion avec laquelle je joue.”
Thabo possède un autre tatouage qui dit, “Dieu guide mes pas,” qu'il a également réalisé la saison dernière. “Ce sont deux choses qui sont très importantes dans ma vie: le basket et Dieu,” ajoute-t-il.
Que ce soit sa destinée, la fatalité ou simplement la bonne fortune, Thabo Sefolosha comprend qu'il est sur le point de vivre son rêve.
“En venant d'un endroit comme la Suisse, vous ne pouvez réellement pas vous imaginer arriver un jour ici,” dit-il. “En tant qu'ado, vous jouez [le jeu] dehors avec vos amis, et vous pourriez dire ‘Je suis Michael Jordan,’ mais vous ne croyez jamais réellement qu'un jour vous allez faire partie d'une chose comme ça. Mais, maintenant que je suis ici, sur ce terrain,” dit-il, regardant les bannières des six titres des Bulls accrochées aux murs du Berto Center, “c'est spécial, quelque chose de vraiment spécial.”
Anne E. Stein
(traduit par David H.)
Article de NBA.com © 2006 NBA Media Ventures, LLC. Tous droits réservés.